Pourquoi le gouvernement doit s’inquiéter de la fronde bretonne 

Peu importe les promesses, les dégrèvements spécifiques promis à la Bretagne. Le combat engagé en Bretagne contre l’écotaxe devrait finir par en venir à bout. Il met en effet en oeuvre des ressorts, des mécaniques médiatiques et journalistiques irrésistibles. Un exemple d’opération de relations presse réussie.

Toute la France sera bientôt parsemée de portiques destinés à prélever l’écotaxe. Toute la France ? Non. La Bretagne est entrée en résistance. Astérix contre l’envahisseur. Pour le gouvernement, la polémique sur l’écotaxe ne pouvait pas plus mal tourner. Les journalistes adorent raconter des histoires. L’actualité vient d’en créer une belle.

Certes, pour l’instant, les manifestants ne sont qu’une poignée. Pas de marée humaine. La journée du 2 novembre dira la mobilisation réelle. Pourtant, les médias nationaux ont déjà mis en oeuvre des dispositifs médiatiques conséquents : envoyés spéciaux parisiens, moyens techniques de transmission en direct. Bref, de quoi faire vivre et raconter l’histoire pendant un certain temps.

Paris contre le territoire, à la sauce armoricaine

Les reporters parisiens ne prennent pas le relais de leurs correspondants locaux pour rien. Si les rédactions parisiennes dépêchent leurs équipes, c’est parce qu’elles misent sur le potentiel de la crise.

[quote_right] Créer une histoire pour aiguiser l’appétit des journalistes [/quote_right]

Pourquoi cet engouement ? La qualité de l’histoire, justement. Cette fronde contre l’écotaxe possède l’ensemble des ressorts qui forment une bonne histoire pour les journalistes. C’est Paris contre le territoire. La technocratie contre le réel. Les petits contre le pouvoir. Il y a à priori dans cette histoire l’ensemble des ingrédients d’un bon sujet.

Ne manquait plus que la sauce armoricaine. La localisation de ce conflit constitue un catalyseur d’intérêt encore plus puissant. L’histoire s’appuie sur la légende de la Bretagne résistante. Le tempérament breton et son caractère obstiné sont l’assurance que la crise va durer, voire durcir.

Bonnets rouges contre péages, révolte contre l’impôt

Dans cette affaire, les contestataires peuvent s’appuyer des arguments qui donnent une certaine légitimité à leur combat. Légitimité historique : la Bretagne a toujours été épargnée par les péages au nom du développement. Légitimité économique : l’économie bretonne est fragilisée par l’effondrement de son industrie agro-alimentaire.

A cela s’ajoute le débat déjà installé sur le trop-plein fiscal dont cette crise peut être racontée comme une nouvelle illustration. Tout est donc réunit pour que le sujet tienne pendant un certain temps. D’autant plus longtemps que les opposants ont montré un certain talent pour l’alimenter.

Le port du bonnet rouge, en référence à la Révolte contre le papier timbré,une hausse des taxes instaurée sous Louis XIV, pilier de la culture de résistance bretonne, est un excellent choix. Il s’appuie sur l’Histoire et accrédite le caractère résistant de la Bretagne. Il constituera ailleurs un identifiant médiatique si efficace qu’il risque de se propager hors du territoire breton. Un étendard de futures résistances.

Tout est en place pour attirer les médias. Les journalistes vont donc contribuer à la fois à l’écrire et à la forger. Plus le mouvement d’opposition à l’écotaxe occupera une bonne place dans les journaux, plus les bretons seront tentés de s’y joindre, au nom justement de leur caractère propre de population résistante.

Pour s’en sortir, changer l’histoire

Toutes les recettes d’une bonne campagne de Relations Presse sont là : créer une histoire capable d’aiguiser l’appétit des journalistes, fournir des ressorts médiatiques qui légitiment cette histoire entraînant un mouvement de sympathie ou d’adhésion du public.

C’est là justement que ce situe le danger pour le gouvernement. Le mouvement breton a su sortir du contexte purement local pour gagner une dimension nationale. Surtout, il a su susciter empathie et compréhension. Tel que les journalistes continuent à le présenter, le sujet ne peut que continuer à gagner en popularité.

Pour un gouvernement très sensible aux déplacements d’opinion, comme l’ont montré les récents revirements sur des taxes impopulaires, il n’y a qu’une solution pour ne pas avoir à reculer : changer l’histoire, trouver de nouveaux ressorts pour modifier le récit. Pas simple lorsque la dynamique narrative est si solidement installée. Quasi-impossible en réalité.

Olivier Doussot