La plupart des formations de média training sont construites sur un imaginaire implicite : l'interview TV nationale, le grand journal, la conférence de presse parisienne. Pourtant, la très grande majorité des dirigeants qui prennent la parole face aux médias le font devant la presse locale ou régionale — Ouest-France, La Montagne, France Bleu, les télévisions locales, les médias en ligne territoriaux. Et ces médias ont des logiques propres que les formations standardisées négligent presque toujours.
La mémoire locale, atout et danger
Ce qui distingue fondamentalement un journaliste de presse régionale d'un journaliste national, c'est sa mémoire du territoire. Un journaliste qui couvre une collectivité ou une entreprise depuis dix ans a vu les projets naître, évoluer et parfois échouer. Il se souvient des déclarations passées, des engagements non tenus, des polémiques anciennes. Il connaît les acteurs politiques, associatifs et syndicaux du territoire. Et il entretient avec ses lecteurs une relation de proximité qui lui donne une légitimité particulière.
Pour le dirigeant qui s'exprime, cette mémoire locale est à la fois une opportunité et un risque. Une opportunité parce qu'un journaliste bien informé peut contribuer à une interview de fond, riche et nuancée, qui valorise réellement le travail de l'organisation. Un risque parce qu'une contradiction avec une déclaration ancienne, un engagement oublié ou une promesse non tenue sera immédiatement identifiée et utilisée — parfois dans le même article, parfois dans un suivant.
La différence de format et de rythme
La presse régionale quotidienne publie pour un lectorat qui lit l'information le matin, souvent en version papier, sur des sujets qui la touchent directement dans sa vie quotidienne. Le format d'une interview dans Ouest-France n'est pas celui d'un reportage de France 2 : les questions sont souvent plus directes, l'angle plus ancré dans les enjeux locaux concrets, et le risque de voir une réponse sortie de son contexte est réel quand l'article est court.
La radio locale et les télévisions régionales ont leurs propres contraintes. France Bleu, par exemple, couvre un territoire avec une proximité que les grandes radios nationales n'ont pas. Les journalistes connaissent les élus, les directeurs d'établissements, les responsables associatifs. Une interview sur France Bleu pour un directeur de CHU ou un DG de collectivité se passe dans un contexte de familiarité relative qui peut créer une fausse impression de sécurité — et conduire à des déclarations moins préparées qu'elles ne devraient l'être.
Ce que nous travaillons spécifiquement pour les médias locaux
Dans nos formations avec des collectivités, des établissements de santé et des entreprises implantées localement, nous construisons systématiquement des mises en situation avec des journalistes "locaux" — c'est-à-dire avec des questions ancrées dans le contexte territorial réel : les projets en cours, les tensions connues, les acteurs locaux impliqués.
Ce travail révèle régulièrement que les dirigeants sont mieux préparés aux grandes interviews nationales hypothétiques qu'aux interviews locales qui constituent leur réalité quotidienne. Ils ont réfléchi à comment parler de leur organisation à un journaliste du Monde, mais pas à comment répondre à une question sur l'impact de leur chantier sur la circulation dans le quartier ou sur la fermeture d'un service local.
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