Si vous ne deviez apprendre qu'une seule technique en média training, ce serait celle-là. Le bloc et bridge — aussi appelé "bloquer et ponter" — est le geste fondamental qui permet à un porte-parole de répondre à une question difficile sans en perdre le contrôle. C'est la colonne vertébrale de toute bonne interview.
À quoi sert le bloc et bridge ?
Face à un journaliste, vous serez régulièrement confronté à des questions qui ne correspondent pas à ce que vous voulez dire. Elles peuvent être :
- Basées sur une prémisse inexacte ("Après l'échec de votre politique de...")
- Formulées comme un piège binaire ("Oui ou non, êtes-vous responsable ?")
- Orientées sur un angle que vous ne souhaitez pas développer
- Simplement à côté de ce qui vous semble essentiel
Le bloc et bridge vous permet de répondre à ces questions sans les fuir — ce qui serait contre-productif — et sans vous laisser enfermer dans un terrain défavorable.
Le principe en deux temps
Le bloc
Le bloc consiste à neutraliser la question sans l'esquiver. Il reconnaît que la question a été posée et qu'elle mérite une réponse. Tout en refusant de se laisser enfermer dans sa logique.
Exemples de formules de bloc :
- "C'est une dimension des choses, effectivement..."
- "Je comprends pourquoi vous posez cette question..."
- "Il y a plusieurs façons d'aborder ce sujet..."
- "C'est vrai que cela peut sembler ainsi de l'extérieur..."
Le bloc ne doit pas être une négation frontale ("Non, ce n'est pas du tout ça") ni une fuite ("Je ne répondrai pas à cette question"). Il reconnaît la question sans en valider les présupposés.
Le bridge
Le bridge est la phrase de transition qui vous conduit de la question du journaliste vers votre message. C'est le "pont" entre ce qu'on vous demande et ce que vous voulez dire.
Formules de bridge classiques :
- "...mais ce qui est vraiment important ici, c'est..."
- "...ce que je veux souligner, c'est..."
- "...et c'est précisément pour cela que..."
- "...la vraie question, selon moi, c'est..."
- "...ce que les gens doivent savoir, c'est..."
Le bridge est une charnière. Il signale au journaliste — et à l'auditeur ou au téléspectateur — que vous passez à autre chose. Il doit être naturel, pas mécanique.
Un exemple concret
Imaginons un directeur de CHU interrogé après un incident dans son établissement :
Journaliste : "Cet incident prouve que votre hôpital n'est pas en mesure de garantir la sécurité de ses patients. Que répondez-vous ?"
Sans technique : "Non, c'est totalement faux, notre hôpital est parfaitement sécurisé..." → réponse défensive, qui confirme qu'il y a quelque chose à défendre.
Avec bloc et bridge : "Tout incident est pris au sérieux — c'est notre devoir et notre culture [bloc]. Ce que je veux dire clairement, c'est que nous avons immédiatement ouvert une enquête interne, que les familles concernées ont été contactées, et que nous mettrons en place toutes les mesures nécessaires. La sécurité des patients est la priorité absolue de nos équipes [bridge + message]."
La question difficile a reçu une réponse. Le message de l'établissement est passé. Le ton est maîtrisé.
Les erreurs fréquentes
Le bloc et bridge est une technique puissante mais qui peut se retourner contre vous si elle est mal utilisée.
- Le bridge trop visible. Si l'auditeur entend "maintenant je vais dire ce que je veux dire", la technique est grillée. Le bridge doit couler naturellement dans la phrase.
- Le bloc agressif. "Votre question est mal posée" est un bloc — mais un bloc qui met le journaliste en position de victime et vous en position d'arrogant.
- Bloquer sans message. Si vous bloquez une question sans avoir de message clair vers lequel ponter, vous vous retrouvez dans le vide. La technique suppose un travail préalable sur les messages-clés.
- L'abus de technique. Un porte-parole qui bloque et ponte chaque question finit par sembler robotique. La technique doit s'utiliser sur les questions sensibles, pas comme réflexe systématique.
Comment s'entraîner ?
Le bloc et bridge s'apprend en quelques minutes. Il se maîtrise en plusieurs heures de pratique. La différence entre comprendre la technique et l'exécuter naturellement sous pression, c'est exactement ce que travaille une session de média training.
Dans nos formations, nous commençons toujours par les messages-clés du participant — parce que sans destination claire, le bridge ne mène nulle part. Puis nous enchaînons des mises en situation filmées qui reproduisent les conditions réelles d'une interview : temps limité, questions imprévues, relances, silences.
C'est dans ces conditions-là que le bloc et bridge devient un réflexe — pas une formule apprise par cœur.
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