J'ai mené des centaines d'interviews en vingt ans de journalisme radio. Puis, depuis 2008, j'en rejoue des milliers d'autres côté formateur. Les erreurs que commettent les dirigeants face aux journalistes sont remarquablement constantes — indépendamment du secteur, du niveau hiérarchique ou de l'expérience médiatique.
Voici les cinq plus fréquentes, et ce qu'on peut faire pour les corriger.
Erreur n°1 : Répondre à la question posée
Cela semble contre-intuitif. Pourtant, répondre exactement à la question posée est souvent la pire des stratégies.
Un journaliste pose des questions pour obtenir des réponses qui servent son angle — pas forcément le vôtre. Si vous répondez uniquement à ce qui vous est demandé, vous laissez le journaliste construire seul la narration. Et cette narration ne sera pas toujours flatteuse pour votre organisation.
Ce qu'il faut faire à la place : répondre brièvement à la question, puis pivoter vers votre message. C'est la technique du bloc et bridge : "C'est un aspect des choses, mais ce qui est vraiment important ici, c'est que..." Vous avez répondu. Vous avez aussi dit ce que vous vouliez dire.
Erreur n°2 : Trop expliquer
Les dirigeants sont des experts. Ils connaissent leur sujet dans ses moindres détails. Face à un journaliste, cet avantage devient un piège : l'envie de tout expliquer, de nuancer, de contextualiser.
En radio, un "son" (la réponse d'un interviewé) dure entre 15 et 25 secondes dans un journal. En TV, guère plus. Tout ce qui dépasse cette durée sera coupé — et le journaliste choisira ce qu'il garde. Souvent la nuance disparaît. Parfois ce qui reste change le sens.
Ce qu'il faut faire à la place : construire des messages courts, mémorables, qui tiennent en une ou deux phrases. La richesse de votre expertise doit s'exprimer dans la précision du mot choisi, pas dans la longueur de la réponse.
Erreur n°3 : Confondre "off" et "on"
"C'est off, hein ?" Cette phrase, prononcée après avoir dit quelque chose de sensible, est l'une des plus dangereuses qu'un dirigeant puisse prononcer devant un journaliste.
La règle est simple et sans exception : tout ce qui est dit devant un journaliste est potentiellement publiable, qu'il ait un stylo à la main, un téléphone dans la poche ou qu'il ait éteint son enregistreur. Le "off" n'existe pas en droit, et sa garantie repose uniquement sur la confiance accordée à un individu que vous ne connaissez souvent pas.
Ce qu'il faut faire à la place : ne jamais dire "en off" ce que vous n'accepteriez pas de voir publié. Si une information ne doit pas être connue, ne la partagez pas — même après l'interview, même autour d'un café.
Erreur n°4 : Remplir les silences
Le silence est l'un des outils les plus efficaces du journaliste. Il ne dit rien, et attend. L'interviewé, mal à l'aise, continue à parler — et dit souvent ce qu'il aurait préféré taire.
C'est une technique consciente, pas un accident. Certains journalistes la maîtrisent remarquablement. Elle fonctionne parce que nous sommes socialement conditionnés à remplir les vides dans une conversation.
Ce qu'il faut faire à la place : apprendre à tenir le silence. Répondre, s'arrêter, attendre. Si le journaliste ne reprend pas la parole, il est parfaitement acceptable de dire : "Voulez-vous que je développe ?" Cette question remet le journaliste en position d'interviewer et vous en position de répondant — c'est-à-dire la bonne.
Erreur n°5 : Préparer le fond, pas la forme
La majorité des dirigeants qui se préparent à une interview travaillent leurs arguments. Ils connaissent leur dossier, anticipent les questions, vérifient leurs chiffres. C'est nécessaire, mais insuffisant.
En interview TV, la forme est le fond. Le regard fuyant, la voix qui monte dans les aigus sur les sujets sensibles, les mains croisées sur la table, les "euh" qui ponctuent chaque transition — tout cela communique quelque chose, indépendamment du contenu des réponses. Et le téléspectateur, comme l'auditeur, perçoit ces signaux avant même de traiter les mots.
Ce qu'il faut faire à la place : s'entraîner en conditions réelles, face caméra, avec un formateur qui joue le rôle du journaliste sans complaisance. Revoir les enregistrements. Travailler le regard, la respiration, la posture. Le corps ne ment pas — mais il peut apprendre.
Ce que ces erreurs ont en commun
Ces cinq erreurs partagent une même origine : la croyance que l'interview est une conversation ordinaire. Elle ne l'est pas. C'est un exercice formaté, avec ses propres règles, ses propres contraintes, ses propres pièges. La bonne nouvelle, c'est qu'il s'apprend — comme tout exercice.
Le média training ne fait pas de vous un "spin doctor". Il vous donne les outils pour exprimer ce que vous pensez réellement, dans un format qui le rend audible et mémorable.
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