Il existe une croyance tenace selon laquelle certains dirigeants sont naturellement bons à l'oral et d'autres non. Cette croyance est fausse — ou du moins, largement exagérée. La prise de parole en public s'apprend. Elle ne s'improvise pas, mais elle se travaille, avec des méthodes précises et des entraînements ciblés.
Ce qui distingue un dirigeant convaincant d'un dirigeant qui parle beaucoup sans laisser de trace n'est pas le talent inné. C'est la clarté de son message, la cohérence entre ce qu'il dit et comment il le dit, et la capacité à rester présent — réellement présent — face à son auditoire.
Le message avant tout
La plupart des difficultés qu'on observe à l'oral trouvent leur origine à l'écrit — ou plutôt dans l'absence de travail sur le message en amont. Un dirigeant qui n'a pas clairement défini ce qu'il veut que son auditoire retienne va parler trop longtemps, va se répéter, va emprunter des chemins de traverse. Son expertise est réelle, mais elle noie le message au lieu de le porter.
La règle que nous appliquons systématiquement dans nos formations : avant de préparer un discours, une convention, une intervention devant un conseil d'administration, la première question est toujours "Qu'est-ce que les gens doivent retenir dans une semaine ?" Si la réponse tient en une phrase, le travail peut commencer. Si elle prend un paragraphe, il faut d'abord reprendre la clarification du message.
La voix et le corps parlent avant les mots
En communication orale, le contenu arrive en troisième position. Ce que perçoit l'auditoire en premier, c'est la posture et l'énergie du locuteur, puis sa voix et son rythme, et enfin seulement les mots qu'il prononce. Cette hiérarchie est contre-intuitive pour des dirigeants habitués à être jugés sur la qualité de leur analyse et de leur raisonnement.
Un dirigeant qui maîtrise parfaitement son dossier mais qui parle dans une voix monocorde, les épaules rentrées et le regard fuyant, ne convainc pas — même si ses arguments sont solides. À l'inverse, un dirigeant dont la voix porte, dont la posture est ouverte et dont le regard est direct crée immédiatement une impression de confiance et de compétence, avant même d'avoir dit quoi que ce soit de substantiel.
Ce n'est pas une question de séduction ou de performance théâtrale. C'est une question d'alignement : quand ce que vous dites et comment vous le dites sont cohérents, l'auditoire vous fait confiance. Quand ils ne le sont pas, l'auditoire perçoit le décalage — même s'il est incapable de le formuler.
Gérer le stress et rester dans le moment
Le trac est universel. Même les communicants les plus expérimentés ressentent une montée d'adrénaline avant une prise de parole importante. La différence entre ceux qui le gèrent bien et ceux qui en sont dépassés ne tient pas à l'absence de stress, mais à la relation qu'ils entretiennent avec lui.
Le stress devient problématique quand il concentre l'attention du locuteur sur lui-même — "comment je me comporte", "est-ce que je me souviens de tout", "qu'est-ce qu'ils pensent de moi". Il disparaît presque spontanément quand l'attention se déplace vers l'auditoire et vers le message. La préparation joue un rôle crucial ici : un dirigeant qui connaît parfaitement ses deux ou trois messages clés peut perdre le fil de son discours et le retrouver. Un dirigeant qui a appris un texte par cœur, lui, panique au premier blanc.
Les situations qui nécessitent une préparation spécifique
Toutes les prises de parole ne demandent pas le même niveau de préparation. Une réunion d'équipe hebdomadaire n'exige pas les mêmes outils qu'une audition devant une commission parlementaire, une intervention lors d'une grande convention sectorielle ou une conférence de presse en situation de crise.
Ce qui les distingue, c'est le niveau d'enjeu, la taille et la nature de l'auditoire, et le degré de complexité des sujets à traiter. Une intervention devant des pairs dans un congrès médical demande une capacité à rendre accessible une expertise très technique. Une convention de plusieurs centaines de collaborateurs demande une présence physique et une énergie que seule la pratique construit vraiment. Une interview face à une caméra demande des réflexes que ni l'un ni l'autre de ces formats ne développent naturellement.
C'est pourquoi nous construisons chaque formation à la prise de parole sur-mesure : pas de catalogue de techniques génériques, mais un travail précis sur les situations réelles du participant, avec des mises en situation qui reproduisent les conditions dans lesquelles il sera amené à s'exprimer.
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