Le scénario est classique : un journaliste appelle le service communication un jeudi après-midi. Il veut une interview du directeur général pour un sujet qui passe vendredi soir ou lundi matin. Vous avez 48 heures.
Ce délai est court. Il est suffisant — à condition de l'utiliser dans le bon ordre.
Étape 1 (immédiate) : comprendre le sujet du journaliste
Avant de préparer quoi que ce soit, il faut comprendre ce que le journaliste cherche. Pas ce qu'il dit chercher — ce qu'il cherche réellement.
Quelques questions à poser systématiquement lors du premier contact :
- Quel est l'angle du sujet ? (ne pas se contenter d'un titre vague)
- Qui d'autre sera interviewé dans ce reportage ?
- Quel est le format prévu — plateau en direct, interview enregistrée, reportage ?
- Quelle est la durée prévue de l'interview, et quelle sera la durée diffusée ?
- Y a-t-il des éléments qui seront présentés avant ou après l'interview ?
Ces informations permettent d'ajuster le niveau de préparation et d'identifier les angles sensibles à anticiper. Un journaliste qui interviewe aussi un représentant syndical ou une association de victimes construit un sujet contradictoire — la préparation ne sera pas la même.
Étape 2 (dans les premières heures) : définir les 3 messages
La préparation d'une interview TV commence par une question simple : que voulons-nous que les gens retiennent de cette interview ?
La réponse doit tenir en trois messages maximum. Un message, c'est une phrase courte, mémorable, qui peut être répétée telle quelle à table le soir. Pas un paragraphe. Pas une liste à puces. Une phrase.
Ces messages doivent être :
- Vrais — c'est le fondement. Un message invérifiable ou contestable se retournera contre vous.
- Utiles à votre audience — qu'est-ce que les téléspectateurs ont besoin de savoir ?
- Différenciants — qu'est-ce que vous apportez que personne d'autre ne peut dire ?
Ces trois messages seront le fil conducteur de toute la préparation. Chaque réponse, même à une question imprévue, doit ramener vers l'un d'eux.
Étape 3 (J-1) : la session de préparation
La session de préparation doit durer entre une heure et deux heures. Elle comprend :
Le travail des questions difficiles
Listez toutes les questions que le journaliste pourrait poser — y compris les plus inconfortables. Préparez une réponse pour chacune. Pas une esquive : une vraie réponse, courte, qui assume ce qui peut être assumé et renvoie vers les messages sur le reste.
La règle d'or : aucune question ne doit vous surprendre le jour J. Toute question pour laquelle vous n'avez pas de réponse préparée est une question qui peut faire dérailler l'interview.
La répétition filmée
Un entraînement sans caméra est un entraînement incomplet. La caméra révèle ce que l'oral ne capte pas : la mobilité du regard, les tics de langage, la posture qui se referme sur les sujets difficiles, la voix qui monte d'un demi-ton.
Revoir l'enregistrement avec le dirigeant est souvent la séquence la plus instructive — et parfois la plus inconfortable. C'est elle qui produit les ajustements durables.
Les points de forme
- La tenue. En TV, les rayures fines, les petits carreaux et le blanc pur créent des effets visuels perturbants. Les couleurs unies, sobres, légèrement contrastées avec le fond du plateau fonctionnent mieux.
- Le regard. Dans une interview enregistrée, le regard est dirigé vers l'interviewer — jamais vers la caméra. Dans un plateau sans interviewer (intervention live solo), c'est l'inverse.
- Les mains. Les mains sur la table, visibles, légèrement ouvertes : c'est la position qui communique le plus naturellement la confiance. Les bras croisés, les mains cachées sous la table, les stylos qu'on fait tourner — tout cela distrait.
Étape 4 (le matin J) : la mise en condition
La préparation ne s'arrête pas à la veille. Le matin de l'interview, deux choses sont utiles :
- Une relecture des trois messages — à voix haute, pas à l'écrit. L'oreille corrige ce que l'œil ne voit pas.
- Un passage en revue de l'actualité récente sur le sujet. Un événement de la nuit peut changer l'angle du journaliste — il vaut mieux ne pas le découvrir sur le plateau.
Ce que nous recommandons d'éviter : relire des argumentaires trop denses le matin même, ou réviser de nouveaux éléments qui n'ont pas été travaillés la veille. La surchauffe cognitive juste avant une interview produit des réponses hésitantes.
Ce que les 48 heures ne peuvent pas remplacer
Ce protocole fonctionne. Il permet à un dirigeant préparé de traverser une interview difficile avec les bons réflexes.
Mais 48 heures ne remplacent pas une formation. Elles permettent d'activer des réflexes qui ont été construits en amont — pas d'en créer de nouveaux. Un dirigeant qui n'a jamais pratiqué le bloc et bridge, qui n'a jamais vu son propre regard sous pression, qui n'a jamais tenu un silence inconfortable : deux jours ne suffiront pas à lui faire acquérir ces compétences.
C'est pourquoi nous recommandons de former les porte-parole avant la crise ou l'invitation médiatique — pas en urgence. Le protocole des 48 heures est un filet de sécurité. La formation est la fondation.
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